Prise de parole en visio : cinq réglages fondés sur la recherche sur la fatigue en visioconférence

La visioconférence n'est pas une réunion filmée. C'est une situation de communication avec ses propres contraintes — et, depuis 2021, sa propre recherche. Cet article en tire cinq réglages pour la prise de parole en visio, et une mise en garde sur ce qu'on ne peut pas y observer.

Ce que la recherche a établi sur la visio

En février 2021, Jeremy Bailenson, directeur du Virtual Human Interaction Lab de Stanford, a publié dans Technology, Mind, and Behavior un article proposant quatre causes à la fatigue spécifique de la visioconférence :

  1. Le regard rapproché prolongé. À l'écran, les visages sont à une distance qui, dans la vie réelle, correspondrait à une interaction intime — et ils vous regardent en permanence. En présence, personne ne fixe personne pendant une heure.
  2. La charge cognitive non verbale. Les signaux que vous produisez sans effort en présence — un hochement de tête, un regard, un geste — doivent, en visio, être produits de manière délibérée et exagérée pour être perçus.
  3. L'auto-miroir. Vous voyez votre propre image en continu, ce qui n'arrive jamais dans une conversation réelle et fonctionne comme un miroir permanent.
  4. La mobilité réduite. Le cadre de la caméra vous fixe ; en présence, on bouge, on se déplace, on s'étire.

La même année, Géraldine Fauville et ses collègues ont publié une échelle validée (Zoom Exhaustion & Fatigue Scale) distinguant cinq dimensions de cette fatigue : générale, visuelle, sociale, motivationnelle, émotionnelle.

Ces travaux ne portent pas directement sur « comment bien parler en visio ». Mais chacun des cinq réglages ci-dessous en découle.

Réglage 1 — Masquez votre propre vignette

C'est la réponse directe à la cause 3. La plupart des outils permettent de masquer sa propre image tout en restant visible pour les autres. L'effet est immédiat sur la charge mentale, et il a une conséquence sur la prise de parole : vous cessez de vous ajuster en permanence à votre reflet, et vos gestes redeviennent naturels. À faire dès la prochaine réunion.

Réglage 2 — Reculez, et montez la caméra

Réponse à la cause 1. Plan taille — de la tête à la ceinture — plutôt que plan serré. La caméra à hauteur des yeux : une caméra basse déforme le visage et donne un regard plongeant ; une caméra haute vous rapetisse. En reculant, vous sortez de la zone intime de vos interlocuteurs, et eux de la vôtre. Vous gagnez aussi quelque chose d'essentiel pour le réglage 4 : vos mains entrent dans le cadre.

Réglage 3 — Le regard : l'objectif sur les phrases-clés, pas tout le temps

En visio, personne ne peut regarder à la fois la caméra et le visage de l'autre. Regarder la caméra, c'est ne pas voir l'autre ; regarder l'autre, c'est paraître regarder ailleurs. L'absence de « regard dans les yeux » est donc structurelle, pas personnelle. La question n'est pas « regarder tout le temps la caméra » — un regard caméra permanent est perçu comme fixe — mais « la regarder au bon moment ». Règle pratique : l'objectif sur chaque phrase importante, l'écran ou les notes le reste du temps. Une cible de 40 à 60 % du temps en regard caméra sur les passages-clés est réaliste et se mesure en se réécoutant. Un point de couleur collé près de l'objectif aide à le retrouver sans chercher.

Réglage 4 — Les mains visibles, avec un point de retour

Réponse à la cause 2. En visio, un geste hors cadre n'existe pas ; les illustrateurs — ces gestes qui accompagnent et dessinent le propos — n'aident la compréhension que s'ils sont visibles (Hostetter, 2011). Deux réglages : une zone — vos gestes restent dans un cadre imaginaire entre les épaules et le nombril — et un point de retour, une position de repos des mains, visible, où elles reviennent entre deux gestes. Ce point de retour supprime la cause des gestes parasites (stylo, visage) sans effort de suppression : les mains ont un endroit où aller.

Réglage 5 — Le silence de trois secondes

Le réglage le plus contre-intuitif. En visio, la latence réseau ajoute une demi-seconde à une seconde à toute réponse. Si vous posez une question et reprenez la parole après deux secondes de silence, vous coupez quelqu'un qui allait répondre. Trois secondes, montre en main, avant de reprendre. Cela vous paraîtra très long. Pour les autres, c'est normal — et c'est la seule manière de laisser réellement la parole en visio.

Ce que vous ne pouvez pas observer en visio

Si vous appliquez une grille d'observation à un participant en visio, trois canaux sur sept doivent être notés « inconnus » :

  • La distance et l'orientation : tout le monde est face caméra, à une distance dictée par son matériel. Aucune information.
  • Le rythme : une latence longue est peut-être un réseau lent. Les chevauchements sont souvent des collisions dues au décalage, pas des interruptions.
  • Le regard : faussé structurellement, comme expliqué au réglage 3. Quelqu'un qui « ne vous regarde pas » regarde peut-être exactement votre visage sur son écran.

Les canaux exploitables : la voix (débit, pauses, finales — le micro aplatit les variations, mais le débit reste mesurable), les gestes dans le cadre, et le visage — avec la prudence que la recherche impose sur ce canal (Barrett et al., 2019 : on ne lit pas une émotion sur un visage de manière fiable, et encore moins en vignette compressée).

Un protocole pour s'entraîner

Ouvrez une réunion avec vous seul, enregistrement activé. Masquez votre vignette. Présentez un point d'avancement pendant trois minutes en appliquant les cinq réglages, avec trois secondes de silence après chaque question que vous poseriez à l'équipe. Puis deux minutes avec la vignette affichée. Relisez les deux séquences : pourcentage de regard objectif sur les phrases-clés, mains visibles, silences tenus, gestes parasites par minute, fatigue ressentie. La différence entre les deux séquences est généralement nette.

Ce protocole fait partie des douze protocoles caméra de L'Observatoire du Geste ; le module 1 gratuit pose les bases pour observer sans sur-interpréter. Pour la prise de parole en présence, voir formation prise de parole en public et, pour un auditoire nombreux, charisme en réunion.

Sources

  • Bailenson, J. N. (2021). Nonverbal overload: A theoretical argument for the causes of Zoom fatigue. Technology, Mind, and Behavior, 2(1). https://doi.org/10.1037/tmb0000030
  • Fauville, G., Luo, M., Queiroz, A. C. M., Bailenson, J. N., & Hancock, J. (2021). Zoom Exhaustion & Fatigue Scale. Computers in Human Behavior Reports, 4, 100119.
  • Hostetter, A. B. (2011). When do gestures communicate? A meta-analysis. Psychological Bulletin, 137(2), 297–315.
  • Barrett, L. F., et al. (2019). Emotional expressions reconsidered. Psychological Science in the Public Interest, 20(1), 1–68.
  • Kleinke, C. L. (1986). Gaze and eye contact: A research review. Psychological Bulletin, 100(1), 78–100.